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La Bénédiction de "Ha-Kol" : Le Secret de l'énergie (Hesed) d'Abraham

לפני 4 שעות
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Chayé Sarah 5787

 

Raphaël Rosner

 

La Bénédiction de "Ha-Kol" : Le Secret de l'énergie (Hesed) d'Abraham

 

 

Dans la Parasha Chayé Sarah, il est dit :

 

Genèse 24:1

"Et Abraham était vieux, avancé en jours, et l'Éternel avait béni Abraham en tout."

 

Rachi commente selon le Midrash ad loc:

 

"Béni Abraham en tout – « en tout » a la même valeur numérique que « fils », et puisqu'il avait un fils, il fallait le marier."

 

Dans le Talmud, il est enseigné que « en tout » désigne la fille d'Abraham :

 

Baba Batra 16b

« Et l'Éternel bénit Abraham en tout » – Qu'est-ce que « en tout » ? Rabbi Meïr dit : qu'il n'avait pas de fille. Rabbi Yehouda dit : qu'il avait une fille. D'autres disent : Abraham avait une fille, et « en tout » était son nom.

 

Dans le Midrash Rabbah, des explications supplémentaires sont ajoutées :

 

Genèse Rabbah, Chayé Sarah 59:7

"Rabbi Lévy a dit trois choses : En tout, parce qu'il l'a rendu maître de son penchant. En tout, de ce qu'Ismaël fit repentance de son vivant. En tout, de ce que son cellier ne manqua de rien. Rabbi Lévy au nom de Rabbi Chama a dit : en tout, parce qu'Il ne revint pas le tenter."

 

Rabbi Lévy propose trois interprétations de la signification de cette bénédiction globale. Selon la première interprétation, la bénédiction consiste à avoir mérité une maîtrise totale de son mauvais penchant et une victoire spirituelle sur lui-même. Selon la deuxième interprétation, la bénédiction s'est exprimée par le fait qu'il a eu le mérite de voir son fils Ismaël faire repentance et redresser ses voies du vivant même d'Abraham. Selon la troisième interprétation, la bénédiction était matérielle et économique – que son cellier et ses provisions ne manquaient de rien et débordaient de victuailles. Par la suite, Rabbi Lévy rapporte un autre enseignement au nom de Rabbi Chama, selon lequel la bénédiction « en tout » signifie un bouleversement dans la relation du Saint béni soit-Il avec lui : après avoir traversé dix épreuves, le Saint béni soit-Il n'a plus cherché à l'éprouver ni à le tenter. C'est la fin de la prophétie d'Abraham.

 

Si le verset dit « Et l'Éternel bénit Abraham en tout », pourquoi les Sages ont-ils cherché à restreindre le mot « tout », soit au fils, soit à la fille, ou pour d'autres raisons? Pourquoi n'ont-ils pas vu qu'Abraham avait reçu une bénédiction générale pour toute sa vie ? Il me semble que cette bénédiction ne concerne pas seulement Abraham de manière spécifique, mais qu'elle s'adresse à tout le peuple d'Israël à toutes les générations, et peut-être à l'humanité entière ou à la majeure partie du monde comme il est dit: (Livre de la Genèse, chapitre 17) « Abraham, car je t'établis père d'une multitude de nations ». Abraham n'est pas seulement un particulier ayant vécu à une époque de l'histoire. Il est défini dans la tradition comme le père d'une multitude de nations. La vie d'Abraham fut particulièrement difficile : depuis le « Lech lecha » jusqu'à la mort de Sara, Abraham traversa de nombreuses épreuves, une terrible famine, des guerres, des relations avec d'autres peuples, la circoncision à un âge avancé, l'histoire d'Ismaël et la ligature d'Isaac.

 

Dans le Sefer Yetzirah, il est dit d'Abraham :

 

Sefer Yetzirah 6:4

"Et lorsque notre père Abraham eut contemplé, regardé, vu, sondé, compris, gravé, taillé, fondu, formé et réussi, le Maître de tout, béni soit-Il, se révéla à lui, le fit asseoir sur son sein, l'embrassa sur la tête, l'appela Mon bien-aimé, fit alliance avec lui et sa postérité, crut en l'Éternel qui le lui imputa à justice. Il fit alliance avec lui entre les dix orteils de ses pieds qui est l'alliance de la circoncision, et les dix doigts de ses mains qui est la langue. Il attacha vingt-deux lettres à sa langue et lui révéla leur fondement: les tira par l'eau, les enflamma par le feu, les secoua par le vent, les brûla dans sept, les conduisit par douze constellations."

 

Le passage décrit, qui clôt le Sefer Yetzirah (permettant aux Sages d'attribuer le Sefer Yetzirah à Abraham), dépeint le processus d'éveil et de recherche personnelle d'Abraham ainsi que la révélation divine qui s'ensuivit. Tout d'abord est décrite son œuvre théorique et spirituelle intense, qui commença par une observation approfondie de la réalité, passa par l'analyse et la compréhension, jusqu'à l'action créatrice de recherche, de creusement, de fusion et de façonnage des archétypes spirituels de la création, jusqu'à ce qu'il réussisse à décoder les secrets de l'univers. En raison de l'atteinte de ce degré, le Créateur du monde se révéla à lui dans une relation de proximité et d'amour intime, comparée au fait de l'asseoir sur Son sein, et lui décerna le titre de « Mon bien-aimé », tout en concluant une alliance avec lui et sa postérité sur la base de sa foi pure. Le Sefer Yetzirah continue et nous dit que l'alliance conclue avec lui se manifeste en deux points du corps humain : l'alliance de la circoncision entre les dix orteils des pieds, c'est-à-dire dans la partie inférieure du corps, représentant la réparation face la matérialité ; et l'alliance de la langue (la parole prononcée) entre les dix doigts des mains, représentant la puissance de la parole et de la création spirituelle. Le Créateur attacha à la langue d'Abraham les vingt-deux lettres de la langue sainte et lui dévoila les fondements cachés de la création du monde à travers elles : comment les lettres se composent des trois éléments fondamentaux : en les faisant flotter dans l'eau, en les enflammant dans le feu et en les secouant dans le vent, et comment le Créateur dirige par leur intermédiaire les sept planètes et les douze constellations dans le ciel (chose d'une grande portée dans l'étude du Sefer Yetzirah).

 

La référence à notre père Abraham et la conclusion de l'alliance tournent autour de la fin du Sefer Yetzirah, où il est décrit comment Abraham parvint à la connaissance du « Maître de tout » par la science des combinaisons (une ancienne méthode kabbalistique et spéculative, fondée sur l'idée que le monde a été créé par les lettres de la langue sainte, et que tout objet ou concept dans la réalité tire sa vitalité et ses propriétés de la combinaison spécifique des lettres qui composent son nom). Chaque lettre s'associe à une autre, créant des mots, des phrases et des concepts. Le Sefer Yetzirah décrit la transformation de notre père Abraham, d'observateur et de chercheur de la création, en prophète ayant partie liée par alliance avec le Saint béni soit-Il. Après qu'Abraham eut observé le monde, examiné les corps célestes et la nature, sondé et compris les lois de la création, et réussi par son étude approfondie à combiner, exercer et parvenir à une pleine compréhension des secrets de la création, il mérita la révélation divine – « Le Maître de tout » (« Et l'Éternel bénit Abraham en tout ») se révéla à lui, le rapprocha d'une affection profonde (telle que décrite dans la parabole du fait de l'asseoir sur le sein et de l'embrasser sur la tête) et l'appela «Mon bien-aimé ». En récompense de sa foi et de l'approfondissement de sa recherche, fut conclue avec lui et sa postérité une alliance exprimant deux foyers parallèles chez l'homme : l'alliance de la circoncision entre les dix orteils des pieds (l'alliance matérielle et instinctuelle), et l'alliance de la langue entre les dix doigts des mains (l'alliance de la parole et de la sagesse). Le Créateur relia à la langue d'Abraham les vingt-deux lettres de la langue sainte et lui révéla le secret de leur force active et fondamentale dans le monde : comment les mélanger et les faire couler par l'élément de l'eau, les embraser par l'élément du feu, les faire trembler et mouvoir par l'élément du vent, les répartir et les diriger à travers les sept planètes et les douze constellations du ciel, lui conférant ainsi la maîtrise et une profonde compréhension des secrets de la création et de la conduite du monde. Le Sefer Yetzirah définit Abraham comme celui qui a unifié la sagesse de la création (« tout » – les 22 lettres et les fondements de la création), et qui, par là même, a mérité une union directe avec le « Maître de tout ».

 

Le Sefer HaBahir (un des tous premiers livres de Kabbale) traite longuement d'Abraham et constitue également une sorte de commentaire ou de suite au Sefer Yetzirah. Et il écrit ainsi :

 

Il est écrit dans le Sefer HaBahir 78:

Où ets-il écrit qu' Abraham avait une fille, puisqu'il est écrit (Genèse 24:1) « Et l'Éternel bénit Abraham en tout », et qu'il est écrit (Ésaïe 43:7) « Tout ce qui s'appelle de mon nom et que j'ai créé pour ma gloire, je l'ai formé, je l'ai aussi fait » ? Cette bénédiction était-elle sa fille ou ne l'était-elle pas ? Oui, c'était sa fille. À quoi cela ressemble-t-il ? À un roi qui avait un esclave intègre et parfait devant lui, il le tenta par plusieurs épreuves et il tint bon dans toutes les épreuves. Le Roi dit : « Que donnerai-je à cet esclave ou que lui ferai-je ? » Il dit: « Je n'ai qu'à lui ordonner de se tourner vers mon grand frère pour qu'il le conseille, le garde et l'honore ».L'esclave retourna auprès de son grand frère et apprit ses voies, le frère l'aima beaucoup et l'appela son bien-aimé, ainsi qu'il est écrit (ibid. 41:8) « Postérité d'Abraham mon bien-aimé ».Il dit : « Que lui donnerai-je ou que lui ferai-je ? Voici, j'ai fait un bel ustensile et il y a dedans des perles exquises sans pareilles, trésor des rois, je le lui donnerai et il héritera à ma place ». C'est ce qui est écrit : Et l'Éternel bénit Abraham en tout.

 

Ce passage du Sefer HaBahir traite de l'interprétation kabbalistique du verset « Et l'Éternel bénit Abraham en tout » et utilise une discussion bien connue des Sages pour révéler une couche secrète de la conduite divine. Le Midrash pose une question : d'où vient la source qu'Abraham avait une fille ? Il établit un lien entre le mot « tout » du verset et le verset d'Ésaïe « Tout ce qui s'appelle de mon nom et que j'ai créé pour ma gloire, je l'ai formé, je l'ai aussi fait ». Il en ressort que le « tout » représente la gloire divine et la création entière. À cela, le texte répond par l'affirmative – cette bénédiction appelée « tout » est effectivement considérée comme la fille d'Abraham. Pour expliquer cette notion spirituelle, le livre rapporte une parabole sur un roi qui avait un esclave intègre et fidèle qui avait surmonté avec succès toutes les épreuves auxquelles il avait été soumis. Lorsque le roi voulut récompenser l'esclave, il décida de l'orienter vers son grand frère afin que le grand frère le conseille, veille sur lui et l'honore. L'esclave séjourne auprès du grand frère, apprend de lui ses bonnes qualités, et par conséquent le grand frère s'attache à lui d'un amour profond et le qualifie de « Mon bien-aimé », comme il est dit « Postérité d'Abraham mon bien-aimé ». À présent, alors que le grand frère demande lui aussi à offrir à l'esclave un cadeau digne de ce nom, il lui remet un ustensile magnifique et unique en son genre, contenant de rares perles d'une valeur inestimable qui sont le « trésor des rois », afin que grâce à lui il accède à un rang suprême et honorable. Dans cette parabole kabbalistique, le roi représente le Créateur, le « grand frère » représente la séphira de la Hessed (la mesure spirituelle à laquelle Abraham s'est attaché et qui est devenue son épithète), et « l'ustensile magnifique » rempli de perles est la séphira de la Malkhout – l'abondance et la bénédiction divine qui ont émané sur Abraham et sont appelées « tout » ou « fille ». Ce don n'est pas une fille matérielle ordinaire, mais la force divine englobant toutes les bénédictions et influences accordées à Abraham en vertu de sa perfection et de son endurance face aux épreuves. Le Sefer HaBahir identifie le mot « tout » à la « fille », qui est la Shekhina (Présence Divine). Même le prophète identifie Abraham comme porteur de la mesure de la Hessed. Le prophète Michée relie Abraham au Hessed :

 

Livre de Michée, chapitre 7(20) Tu accorderas la fidélité à Jacob, la grâce (Hessed) à Abraham, que tu as jurée à nos pères dès les jours anciens.

 

Qu'est-ce que cette grâce (Hessed) ?

 

Le Hessed (on traduit en général par Bonté) constitue un don allant bien au-delà de l'exigence de justice. Le Hessed brise les frontières de l'obligation et octroie bien au-delà de ce qui est requis, par amour, empathie et générosité de cœur. Le Hessed peut submerger la création si il n'est pas canalisé, si il n'a pas de frontières « Hessed » est également une mesure divine – la force qui remplit le monde d'abondance (Shefa), de vie et d'une providence qui ne dépendent pas des actions des hommes (car si le monde était dirigé uniquement selon la stricte mesure du jugement et de la justice, l'homme ne survivrait pas). Le Hessed est une énergie positive qui féconde la création.

 

Mais un excès de Hessed peut être négatif, une sorte de tsunami. Par exemple si un homme riche donne tous ses biens et son argent aux pauvres, il devient lui-même pauvre et nécessiteux, c'est pourquoi il faut donner aux indigents en prenant garde de pouvoir subvenir à ses propres besoins; Même dans ce cas il y a des limites. C'est peut-être pourquoi il existe un autre sens à la notion de Hessed : terme d'opprobre, d'ignominie, d'abomination, comme on le voit dans le livre du Lévitique :

 

Lévitique 20:17

"Et si un homme prend sa sœur, fille de son père ou fille de sa mère, et qu'il voie sa nudité et qu'elle voie sa nudité, c'est une abomination (hessed) ; ils seront retranchés aux yeux des enfants de leur peuple, il a découvert la nudité de sa sœur, il portera son iniquité."

 

Rachi commente ce verset:

 

C'est une abomination (hessed) – En langue araméenne, « herpah » (opprobre), «hisouda ». Et son exégèse : Si tu dis : Caïn a épousé sa sœur ? Le Lieu (Dieu) a fait un acte de grâce (hessed) pour bâtir le monde à partir de lui, ainsi qu'il est dit (Psaumes 89:3) « Le monde est bâti par la grâce (hessed) ».

 

Rachi dit que pour que le monde se développe, il a besoin de Hessed, d'énergie positive. D'un côté, c'est un opprobre parce que c'est assimilé ici à l'inceste comme avec Caïn et sa sœur, de l'autre côté cela permet de bâtir le monde. De même lors de la ligature d'Isaac, Abraham manifeste une énergie positive bien qu'il s'apprête à sacrifier son fils. Malgré tout, les Sages signalent :

 

(Genèse Rabbah 55:8)

"Rabbi Shimon ben Yohaï a dit : L'amour pervertit la règle."

 

C'est-à-dire qu'un amour intense amène l'homme à s'écarter, de la logique et des règles de comportement habituelles afin d'agir pour l'objet de son amour,  en l'occurrence le Créateur.

 

Abraham représente la mesure de Hessed dans le judaïsme, de manière individuelle et collective ; il est une sorte d'archétype de Hessed dans le monde selon les sources juives.

 

Le Sefer HaBahir ajoute :

 

"Sefer HaBahir 92Abraham pratiquait le Hessed dans le monde, il invitait tous les habitants du monde et les voyageurs à manger, pratiquait le Hessed et allait à leur rencontre, ainsi qu'il est dit (Gen. 18:2) « Et il courut à leur rencontre depuis l'entrée de la tente ». Et de plus (ibid.) « Et il se prosterna à terre », et ce fut une pratique de Hessed parfaite, et le Saint béni soit-Il le mesura selon sa mesure et lui accorda la mesure de Hessed, ainsi qu'il est dit (Michée 7:20) « Tu accorderas la fidélité à Jacob, la grâce (hessed) à Abraham, que tu as jurée à nos pères dès les jours anciens »."

 

Abraham a gravé dans le monde la mesure de Hessed par une générosité de cœur absolue, en ouvrant sa tente toute grande et en invitant tout passant à se restaurer et à séjourner chez lui. Son aspiration à faire du bien n'était pas passive mais active, comme le reflète sa course enthousiaste à la rencontre des hôtes avant même d'en connaître l'identité. Dans son humilité, il a honoré chaque être humain en tant que tel, s'abaissant et se prosternant devant chacun, et pratiquant une hospitalité parfaite.. Cette conduite fonctionne selon la règle de la mesure pour mesure (mida keneged mida), selon laquelle son dévouement total à combler le manque des créatures a engendré la réponse de la Shekhina. Puisque ses actions découlaient d'un pur Hessed, le Saint béni soit-Il a gravé dans le monde et dans sa descendance après lui la mesure de la Hessed comme un héritage éternel, ainsi qu'il est dit : « Tu accorderas la fidélité à Jacob, la grâce à Abraham ».

 

Rabbi Moché ben Shem Tov de León (Raza"l ; v. 1240 – 1305) (l'un des plus grands premiers kabbalistes) écrit :

 

Livre Shekel HaKodesh, troisième chapitreHessed.

 C'est parce que Lui, béni soit-Il, a créé le monde selon ce degré et a fait émaner tout de Lui, ainsi qu'il est dit : « J'ai dit : Le monde sera bâti par le Hessed » (Ps. 89:3), car du secret de la prolongation de la diffusion de cette lumière ont été créées toutes les émanations d'en bas. Certes, car de nombreux degrés émanent et se constituent de à partir du hessed, et c'est ce qu'ils ont dit : « Le monde sera bâti par le Hessed ». Il n'est pas écrit le monde fut bâti mais sera bâti, afin qu'il soit bâti continuellement et que l'éclat de sa scintillance se prolonge. Certes, le monde ne subsiste que par ce degré, car le monde entier ne se tient que selon le Hessed. Et observe que celui qui pratique le Hessed avec les créatures affermit la permanence de la croyance et la permanence de ce degré. Et Abraham pour cela a mérité et d'être appelé le secret du degré, car il s'est efforcé toujours de faire le Hessed avec les créatures, et c'est pourquoi il lui a été donné en héritage, ainsi qu'il est dit : « Et le Hessed à Abraham » (Michée 7:20).

 

Le passage traite de la nature profonde du degré de Hessed, et s'ouvre sur l'affirmation que le Créateur a créé le monde entier à partir de ce degré et a fait émaner tout ce qui existe à partir de celui-ci, tel qu'il est dit dans le verset « J'ai dit : Le monde sera bâtie par le Hessed ». Du secret de la prolongation et de la diffusion de la lumière de Hessed se ramifient et se créent toutes les influences dans les mondes inférieurs. De ce Hessed suprême découlent et naissent de nombreuses autres émanations, et c'est là la profondeur de l'expression « Le monde sera bâtie par le Hessed » – il n'est pas écrit « le Hessed fut bâti » au passé, mais «sera bâti » au futur, pour indiquer que le Hessed se construit de manière permanente et continue, et que l'éclat de sa scintillance ne s'interrompt jamais. L'existence du monde entier dépend entièrement de ce degré, car le monde n'a de stabilité et de subsistance que par la force du Hessed. De là découle une orientation et une réflexion pour l'homme : celui qui pratique le Hessed avec les créatures éveille et soutient la continuité de la croyance et la permanence de ce degré suprême dans les mondes. Par conséquent, Abraham a mérité sa place particulière et d'être appelé du nom du secret du degré de Hessed, puisqu'il s'est toujours efforcé de tout son cœur de faire des actes de Hessed avec les créatures, et c'est pourquoi ce degré lui a été donné en héritage et en possession éternelle, ainsi qu'il est écrit « la grâce (Hessed) à Abraham ».

La contemplation du parcours d'Abraham — de sa quête spirituelle et des souffrances de ses épreuves jusqu'à la bénédiction : « Et l'Éternel avait béni Abraham en tout » (Bakol) — ne relève pas d'une simple analyse historique ou abstraite. Le débat des Sages et des kabbalistes sur la signification de ce terme « Bakol » (« en tout ») prend un sens particulièrement poignant dans notre réalité contemporaine, au cœur d'un monde plongé dans la fragilité, une tension existentielle et une recherche constante de sens. Abraham n'est pas présenté comme un homme ayant accédé à une sérénité passive, mais comme celui qui a transformé ses souffrances, ses errances et ses épreuves en une ouverture absolue envers autrui. L'alliance de la langue et l'alliance de la circoncision, qui représentent respectivement l'esprit et l'action matérielle, nous enseignent que l'héritage de la bonté (Hessed) ne reste pas à l'état d'idée sublime ou de sentiment abstrait, mais exige de nous un façonnage quotidien de la société : la rectification de la parole, la responsabilité mutuelle, la main tendue à l'étranger et au nécessiteux, ainsi que la création d'un espace d'ampathie au sein d'une réalité polarisée. Lorsque le Ramdal souligne le verset « Le monde sera bâti par la bonté (Hessed) » au futur, il nous rappelle que la bonté n'est pas une structure achevée dont nous aurions hérité du passé, mais une création continue, une énergie positive qui incombe à nos épaules à chaque génération. La bénédiction du « Bakol » accordée au père d'une multitude de nations est un appel et un défi lancés à l'homme moderne : transformer les éclats de la vie et les défis de notre époque en une source de jaillissement, de don et de construction du monde.Le Hessed dépasse le cadre de la Création ; il est l'énergie positive, l'élan vital (au sens d'Henri Bergson) qui permet à l'homme, à tout homme, d'avancer comme Abraham sans savoir exactement où il va, de progresser parfois en boitant, et parfois en réparant et en améliorant ce monde dans lequel nous vivons.

Shabbat Shalom

 
 
 

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