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De la faute et de l'inconscient

  • לפני יומיים (2)
  • זמן קריאה 4 דקות

Vayikra 5786

Raphaël Rosner

Dans la section de la Torah de Vayikra, l'expression « נֶפֶשׁ כִּי תֶחֱטָא » (Néfèsh ki thè’hètha — « Lorsqu'une âme fautera ») revient à quatre reprises dans divers contextes : « נֶפֶשׁ כִּי תֶחֱטָא בִשְׁגָגָה מִכֹּל מִצְוֹת ה' אֲשֶׁר לֹא תֵעָשֶׂינָה » (Lévitique 4, 2), soit « Lorsqu'une âme fautera par inadvertance contre l'un des commandements de l'Éternel qu'il ne faut pas transgresser » ; « וְנֶפֶשׁ כִּי תֶחֱטָא וְשָׁמְעָה קוֹל אָלָה וְהוּא עֵד אוֹ רָאָה » (ibid 5, 1), « Lorsqu'une âme fautera en entendant la voix d'une adjuration, étant témoin, ayant vu ou su... » ; « וְאִם נֶפֶשׁ כִּי תֶחֱטָא וְעָשְׂתָה אַחַת מִכָּל מִצְוֹת ה' אֲשֶׁר לֹא תֵעָשֶׂינָה » (ibid 5, 17), « Si une âme faute et commet l'un des commandements de l'Éternel qu'il ne faut pas transgresser » ; et enfin « נֶפֶשׁ כִּי תֶחֱטָא וּמָעֲלָה מַעַל בַּה' וְכִחֵשׁ בַּעֲמיתוֹ בְּפִקָּדוֹן » (ibid 5, 21), « Lorsqu'une âme fautera et commettra une infidélité envers l'Éternel, en niant à son prochain un dépôt ». Bien que le mot « faute » évoque couramment une infraction morale ou légale, les sources bibliques révèlent une profondeur bien plus subtile. Dans le Livre des Juges (20, 16), au cœur du récit tragique de la « concubine de Guibea », on décrit les guerriers d'élite de la tribu de Benjamin comme étant capables de lancer une pierre « וְלֹא יַחֲטִא » (vélo ya’htha — « sans le manquer ») avec une grande précision. Ici, la racine du mot dévoile son sens premier : la faute n'est pas simplement un acte malveillant, mais une « maladresse », un ratage de la cible ou une déviation de l'objectif.

Cette compréhension de la faute comme un manque ou une absence est renforcée dans le premier Livre des Rois (1, 21). Bethsabée, craignant pour l'avenir de son fils Salomon face aux ambitions d'Adoniyahou, dit au roi David : « וְהָיָה כִּשְׁכַב אֲדֹני הַמֶּלֶךְ עִם אֲבֹתָיו וְהָיִיתִי אֲנִי וּבְנִי שְׁלֹמֹה חַטָּאִים », ce qui signifie « Et lorsque mon seigneur le roi sera couché (mort) avec ses pères, il arrivera que moi et mon fils Salomon nous serons considérés comme ,manquants ». Le terme ’hattaïm ne signifie pas ici qu'ils seront des criminels, mais comme l'explique Rachi sur place : « חטאים – חסרים » (’Hattaïm — 'Hasserim), ils seront « manquants », c'est-à-dire privés de force, de statut et seront vulnérables. Le Maharal de Prague, dans son ouvrage Netivoth Olam (« Les Sentiers de l'Éternité » ou « Les Voies du Monde »), souligne cette idée : « כי החטא הוא חיסרון בעולם ואין ראוי שיהיה נמצא חיסרון בעולם », « Car la faute est une lacune dans le monde, et il ne convient pas qu'il s'y trouve une lacune ». La faute est une faille qui éloigne l'homme de sa plénitude originelle. Puisque la Torah précise que c'est « l'âme » qui faute, elle indique que le vide réside au cœur même de l'individu. Le roi Salomon confirme d'ailleurs dans l'Ecclésiaste (7, 20) : « כִּי אָדָם אֵין צַדִּיק בָּאָרֶץ אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה טּוֹב וְלֹא יֶחֱטָא », « Car il n'est point d'homme juste sur la terre qui fasse le bien et ne faute jamais », soulignant l'imperfection inhérente à la condition humaine. Les sages du Talmud ajoutent dans le traité Sotah (3a) : « אין אדם עובר עבירה אלא אם כן נכנס בו רוח שטות », « Nul homme ne commet de transgression à moins qu'un esprit de folie ne pénètre en lui », signifiant qu'au moment de la faute, l'homme perd son discernement à cause d'un manque intérieur ou d'une pulsion appelée « יצרו תקפו » (yitsro tokfo — « son impulsion l'a dominé »). Les Sages (Hazal) soulignent l'expression "Yitsro Tokfo" (son impulsion l'a terrassé - Traité Avoda Zara 23a). Cette expression est utilisée par les Sages comme une sorte de "circonstance atténuante" ou d'explication psychologique à la chute d'un individu. Le terme décrit une situation où l'impulsion intérieure (le Yetzer) devient une force quasi-extérieure, qui attaque l'homme avec une puissance à laquelle il est difficile de résister. Les Sages emploient cette terminologie pour expliquer pourquoi, parfois, même des personnes vertueuses commettent de mauvaises actions.

Pour expliquer l'origine du manque, le Zohar (III, 208b) utilise le concept de « עומקא דחשוכא » (Oumka de-’Hashoukha — « l'obscurité profonde »). Pour le Zohar, c'est le lieu du vide absolu, la source des forces de séparation qui créent une sensation de «ténèbres» spirituelles. En fautant, l'âme se connecte à ces abîmes de vide. Cependant, Rabbi Shneur Zalman de Liadi propose dans le Likouté Torah une vision différente : cette « obscurité » est en réalité une lumière si intense et divine qu'elle nous est invisible. La réparation (Techouva) consiste alors à puiser une force nouvelle de ce niveau caché, selon le secret du verset « מִמַּעֲמַקִּים קְרָאתִיךָ ה' » (Mima’amakim keratikha H' — « Des profondeurs je t’ai invoqué, Éternel », Psaumes 130, 1). Que l'on voie l'obscurité comme un vide négatif (selon le Zohar) ou comme une lumière transcendante (selon le fondateur du mouvement Loubavich - Habad), elle représente la part non-consciente de notre être. Cette dualité rejoint la psychologie des profondeurs : là où Sigmund Freud voyait dans l'inconscient un réservoir de pulsions et de désirs refoulés, Carl Gustave Jung y percevait aussi des forces créatrices et spirituelles. La faute, selon cette vision globale, n'est pas seulement un acte technique, mais l'expression de forces agissant sous la surface de la conscience, offrant, à travers la crise, un passage vers la croissance et la connexion à la « profondeur du Tout » (עומקא דכולא). L'intériorisation de la faute va bien au-delà des prières et de la demande de pardon. Il s'agit d'un processus profond de quête de soi, d'une immersion dans les méandres de l'âme afin de déchiffrer les forces qui nous animent." De nos jours nous dénomons ce processus introspection.

Shabbat Shalom

 
 
 

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