D'un peuple "fossile" à un peuple éternel : Face à la haine d'Israël et à la distorsion de l'histoire
- 13 במרץ
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La section de Pekoudé commence par ces mots : « Voici les comptes du Tabernacle, du Tabernacle du Témoignage, qui furent comptés sur l'ordre de Moïse ; c'est le service des Lévites, par la main d'Ithamar, fils d'Aaron le prêtre » (Livre de l'Exode 38, 21).
Rachi commente sur place, s'appuyant sur le Midrash (Tan'houma Pekoudé) :
« Le Tabernacle, le Tabernacle » (Michkan) — mentionné deux fois, c'est une allusion au Temple qui a été pris en gage (Machkon) lors des deux destructions pour les fautes d'Israël.
Rachi explique qu'il y a ici une allusion, par le redoublement du mot Michkan, au Temple de Jérusalem qui a été saisi comme un "gage" — un bien saisi pour couvrir une dette — lors de ses deux destructions (le Premier et le Second Temple) à cause des péchés du peuple.
Et pourquoi est-il appelé « Tabernacle du Témoignage » (Michkan HaEdout) ? Rachi précise : « Tabernacle du Témoignage » — un témoignage pour Israël que le Saint, béni soit-Il, leur a pardonné l'épisode du Veau d'or, puisqu'Il a fait résider Sa Présence (Chékhina) parmi eux.
En d'autres termes, le Tabernacle est la preuve que Dieu a pardonné la faute du Veau d'or et a accepté de réinstaller Sa présence au sein du peuple.
Le Midrash ajoute d'autres significations symboliques au terme « Tabernacle du Témoignage » (Midrash Rabba Pekoudé 51, 5) :
« Autre explication : Le Tabernacle du Témoignage. Rabbi Shimon bar Yochaï a dit : Au moment où Andrianus (Hadrien) entra dans le Saint des Saints, il s'y enorgueillit et blasphéma Dieu. »
Cet enseignement soulève une question historique, car Hadrien a réprimé la révolte de Bar Kokhba vers l'an 136, alors que Titus a détruit le Temple en l'an 70 de notre ère. Les Sages ont écrit "Andrianus" au lieu de "Hadrianus", peut-être en raison de la fréquence du nom grec Andros (homme) ou d'une erreur de copiste adaptant le nom de l'empereur à une forme familière.
Le Radal (Rabbi David Luria, 1798–1855), l'un des plus grands érudits de Lituanie au XIXe siècle, qui associait érudition classique et recherche textuelle, a corrigé la version du Midrash en : « Lorsque Titus entra dans le Temple ». C'est en effet Titus (qui était lui-même empereur, alors qu'Hadrien n'avait que quatre ans à sa mort et ne régnait pas encore) qui est décrit dans le Talmud (Traité Guittin 56b) comme celui qui a blasphémé :
« L'infâme Titus qui a blasphémé et insulté le Ciel. Qu'a-t-il fait ? Il prit une courtisane par la main, entra dans le Saint des Saints... et saisit une épée pour entailler le rideau (Parokhet). »
Il semble que selon le Midrash, Hadrien soit venu effacer totalement le souvenir des restes du Temple détruit. Lors de sa visite en Judée vers 130 de notre ère, au lieu de reconstruire le Temple juif comme il l'avait promis, il décida de transformer Jérusalem en colonie romaine sous le nom de "Aelia Capitolina". Un temple dédié au dieu Jupiter fut érigé sur le mont du Temple, ce qui fut pour les Juifs la preuve finale que l'espoir de reconstruction était anéanti. Il changea même le nom de la province de "Judée" en "Syrie-Palestine" et interdit aux Juifs l'entrée de Jérusalem, sauf le jour du 9 Av.
Le peuple d'Israël a connu de nombreux ennemis comme Hadrien tout au long de l'histoire, et les Sages proposent une raison spirituelle à cela (Traité Shabbat 89a) :
« Pourquoi le nom de "Mont Sinaï" ? Car c'est la montagne d'où la haine (Sin'ah) des nations du monde est descendue sur lui. »
Le nom "Sinaï" est proche du mot "Sin'ah" (haine). Selon cette approche, la haine provient de l'écart moral et de la différence de valeurs créés par la réception de la Torah au Sinaï, ainsi que de l'opposition des nations au message spirituel que les Juifs représentent.
Rabbi Nahman Krochmal (le RaNaK, l'un des fondateurs du mouvement de la Sagesse d'Israël), dans son livre Guide des égarés du temps (Porte 8), a combiné sa philosophie avec les sources juives. Le RaNaK était un admirateur du philosophe allemand Hegel (1770–1831). Hegel voyait l'histoire comme un processus spirituel dialectique. À sa suite, le RaNaK expliqua que chaque nation (culture) traverse trois étapes : la croissance (le début), la puissance (l'apogée) et le déclin (la disparition), comme ce fut le cas pour les empires grec ou romain.
Cependant, selon notre auteur, le peuple juif brise ces règles. Le RaNaK explique qu'Israël est un "Peuple Éternel" (Am Olam) qui parvient à survivre à l'étape du déclin pour recommencer un nouveau cycle. La haine et l'antisémitisme proviennent du fait que les nations voient un peuple survivre pendant des millénaires sans force militaire ni territoire, et ressentent un mélange de stupeur et de peur qui se traduit par la haine. Le peuple d'Israël s'attache au "Spirituel Absolu", et la haine est le prix d'un peuple qui s'accroche à l'éternité dans un monde éphémère.
Contrairement à l'historien britannique Arnold J. Toynbee (1889–1975), qui qualifiait le judaïsme de « vestige fossilisé » (Fossil), un peuple anti-historique ayant cessé d'évoluer (rappelons le débat public célèbre entre le Dr Jacob Herzog et Toynbee au Canada en 1961 sur l'existence d'Israël), chaque jour qui passe prouve le contraire : la vitalité éternelle d'Israël.
En percevant Israël comme un peuple en dégénérescence, Toynbee invalidait la légitimité de l'existence juive. Malheureusement, il a aujourd'hui de nombreux successeurs. Lorsqu'on accuse Israël de commettre un génocide (Perpetrator of genocide), on insinue que le peuple juif a inventé le concept de génocide dans la Bible (comme le prétendent de nombreux antisémites), qu'il en a souffert (la Shoah) et qu'il le pratique aujourd'hui contre les Palestiniens. Pour les antisémites, l'identité juive serait ainsi fondée sur le concept de la Shoah. De même, le slogan « Du fleuve à la mer » (From the river to the sea) appelle en fin de compte à l'élimination de huit millions de Juifs vivant dans l'État d'Israël, rejoignant ainsi la logique même du génocide. Le peuple juif serait ainsi intrinséquement shoatique.
Or être juif c'est se mesurer à l'histoire et faire de l'histoire.

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