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Entre « Ton peuple » et « Mon peuple» : partenaires ou exclus ?

  • 21 במאי
  • זמן קריאה 9 דקות

Cette année, la parachat Nasso est lue le lendemain de la fête de Chavouot, qui commémore la réception de la Torah dans le désert. Suite au don de la Torah, une question difficile se pose concernant le « Erev Rav » (la grande multitude) qui est sorti d'Égypte avec les enfants d'Israël : ont-ils participé au don de la Torah au pied du mont Sinaï ?

Avant d'en débattre, définissons ce qu'est le «Erev Rav». Le concept de « Erev Rav » dans le judaïsme est une notion complexe et pluridimensionnelle qui a évolué au fil des générations. Il s'agit initialement d'une description historico-biblique d'un groupe d'étrangers qui s'est joint aux enfants d'Israël lors de la sortie d'Égypte, puis, dans le Midrach et la littérature kabbalistique (particulièrement dans le livre du Zohar), il est devenu un archétype spirituel, psychologique et social profond.

Selon le sens littéral du texte biblique, le « Erev Rav » (du terme mélange) était composé de membres de différents peuples – vraisemblablement des Égyptiens ou d'autres tribus nomades – qui vivaient en Égypte et ont décidé de lier leur destin à celui des enfants d'Israël lors de la sortie d'Egypte. C'est ainsi qu'il est dit dans la Torah : « Les enfants d’Israël partirent de Ramsès pour Souccot... Une grande multitude (Erev Rav) monta aussi avec eux, ainsi que du menu et du gros bétail, une quantité considérable de troupeaux. » (Exode 12, 37-38).

1. Ceux qui s'opposent aux convertis et à la conversion (Les réserves et l'exclusion)

Nombre de sages s'appuient sur les fautes commises dans le désert et soutient que l'intégration d'étrangers a causé la perte spirituelle du peuple. Ailleurs, ils sont désignés par le terme péjoratif d'« Asafsouf » (qui décrit une foule désordonnée, incitée, sans structure et dépourvue de frein moral ou légal), et la Torah leur attribue l'initiative des plaintes et du désir de retourner en Égypte comme il est écrit: «La multitude (Asafsouf) qui était au milieu d’eux fut saisie de convoitise, et les enfants d’Israël recommencèrent aussi à pleurer et dirent : Qui nous donnera de la viande à manger ?» (Nombres 11, 4).

À la suite de l'épisode du Veau d'or, le Créateur du monde accuse Moïse d'avoir converti ces non-Juifs et de les avoir intégrés au peuple d'Israël. C'est ainsi qu'il est dit dans la Torah, dans le livre de l'Exode, chapitre 32, verset 7 : « L’Éternel dit à Moïse : Va, descends ; car ton peuple, que tu as fait monter du pays d’Égypte, s'est corrompu. » Vient alors le Midrach dans Chemot Rabba 42, 7 qui déclare : «'Va, descends ; car ton peuple s'est corrompu', il n'est pas écrit ici "le peuple" mais "ton peuple". Moïse dit : Maître du monde, d'où vient qu'ils soient mon peuple ? Le Saint, béni soit-Il, lui répondit : Ils sont ton peuple, car lorsqu'ils étaient en Égypte, Je t'ai dit (Exode 7, 4) : 'et Je ferai sortir mes armées, mon peuple', Je t'ai dit de ne pas mélanger avecles enfants d'Israël la grande multitude (Erev Rav). Toi, qui étais humble et intègre, tu m'as dit : "On accepte toujours ceux qui reviennent", et Moi, Je savais ce qu'ils allaient faire à l'avenir, Je t'ai dit "non", mais J'ai fait ta volonté, et ce sont eux qui ont fait le Veau d'or, car ils adoraient les idoles, et ils l'ont fait et ont fait pécher mon peuple". » Donc Moïse n'aurait pas du joindre le "Erev rav" au peuple juif selon ce midrach.

De nombreux sages ont adopté la même optique que ce Midrach critiquant Moïse pour avoir intégrer les non-juifs au peuple d'Israël. Nous retrouvons un point de vue similaire se démarquant des étrangers chez des grands sages comme Rabbi Juda Halevi ou Don Rabbi Isaac Abravanel.

De même le Zohar soutient que, lors du don de la Torah, le Erev Rav n'a pas atteint le rang spirituel des enfants d'Israël., et c'est ainsi qu'il est dit dans le Zohar, Genèse 29a : « "Et ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, etc." (Genèse 3, 8) – lorsqu'ils se sont approchés du mont Sinaï. C'est ce qui est écrit : "Un peuple a-t-il jamais entendu la voix de Dieu parlant du milieu du feu, etc." (Deutéronome 4, 33), et le Erev Rav mourut. Et ce sont eux qui dirent à Moïse : "Et que Dieu ne parle point avec nous, de peur que nous ne mourions" (Exode 20, 15). » C'est-à-dire que le Erev Rav a éprouvé des difficultés à recevoir la Torah, et selon le Zohar, seule une partie d'entre eux était capable de supporter la Révélation, les autres sont morts.

À l'opposé de cette opinion, il est dit dans un autre Midrach, dans Chmot Rabba 18, 10 : « Les hommes vertueux parmi les Égyptiens (les convertis) sont venus et ont fait la Pâque avec Israël et sont montés avec eux, comme il est dit : "Une grande multitude (Erev Rav) monta aussi avec eux". »

À première vue, Moïse n'aurait pas dû associer le Erev Rav à Israël, mais puisque ce groupe marchait avec eux dans le désert, ils était physiquement présents au pied du mont Sinaï lors du don de la Torah. Il semble, d'après les sources, que le Erev Rav s'est converti, comme il est écrit dans le Midrach, dans Chmot Rabba 18, 10 : « Dieu dit : Quiconque aime mon fils, qu'il vienne et se réjouisse avec mon fils. Les hommes vertueux parmi les Égyptiens sont venus et ont fait la Pâque avec Israël et sont montés avec eux, comme il est dit (Exode 12, 38) : "Une grande multitude (Erev Rav) monta aussi avec eux" », Dans le Deutéronome 29, 13-14, il est dit : «Ce n'est point avec vous seuls que je conclus cette alliance et cette imprécation ; mais c'est avec celui qui est ici aujourd'hui avec nous, tenant devant l'Éternel, notre Dieu, et avec celui qui n'est point ici avec nous aujourd'hui », et dans le Talmud, au traité Chavouot 39a, on ajoute : « "Ce n'est pas avec vous seuls, etc. Car avec celui qui est ici". Il n'y a ainsi que ceux qui se tiennent sur le mont Sinaï ; et les générations futures et les convertis à venir, d'où le sait-on (qu'ils ont participé à la Révélation sinaïtique)? Le texte enseigne : "Et avec celui qui n'est pas (mais qui sera). » En potentiel les âmes des convertis étaient présents dans le Sinaï.

Et dans la Guemara, dans le traité Chabbat 146a, il est dit : "…Rav Aha, fils de Rava, dit à Rav Achi : Qu'en est-il des convertis ? Il lui répondit : Bien qu'eux-mêmes n'y fussent pas (au pied du mont Sinaï), leur Mazal (destinée/âme) y était. Comme il est écrit : "Avec celui qui est ici aujourd'hui devant l'Éternel, notre Dieu, et avec celui qui n'est pas ici avec nous aujourd'hui, etc." » Le talmud avance ici que les âmes juives étaient présentent au moment du don de la Thora même si elles ne l'étaient pas physiquement.

Selon la dimension mystique de la Torah, les âmes de tous les juifs et de tous les convertis de toutes les générations étaient présentes de manière totalement spirituelle lors de l'événement du mont Sinaï et ont absorbé la lumière du don de la Torah. L'attraction spécifique d'une personne issue des nations vers le judaïsme et son désir de se convertir ne sont pas perçus comme la création d'un nouveau lien, mais comme le « réveil » de cette même expérience originelle au mont Sinaï. L'âme « se souvient » de l'alliance qu'elle y a conclue, et c'est là le moteur psychologico-spirituel du processus de conversion.

La Mekhilta deRabbi Ichmael, Yitro – (Massekhta De-Ba-Hodech, Yitro, paracha 1), qui est un Midrach très ancien, ajoute : « "Et ils campèrent dans le désert" – la Torah a été donnée publiquement (Dimos Parhesia) dans un espace de non-droit (Hefker). Car si elle avait été donnée en terre d'Israël, ils auraient dit aux nations du monde qu'elles n'y ont pas de part. C'est pourquoi elle a été donnée dans le désert publiquement dans un lieu abandonné, et quiconque veut la recevoir, qu'il vienne et la reçoive. » C'est-à-dire que les mots « et ils campèrent dans le désert » enseignent que la Torah a été donnée de manière publique et manifeste dans un lieu accessible à chacun. Si la Thora avait été donnée en terre d'Israël, les nations du monde auraient dit qu'elles n'avaient aucune part en elle ; c'est pourquoi elle a été donnée dans le désert de manière publique et manifeste, afin que quiconque veut la recevoir puisse venir et la recevoir.

Dans le Midrach de la paracha de Nasso nous découvrons une attitude très positive à l'égard de ceux qui veulent embrasser le Judaïsme: (Bamidbar Rabba, Nasso 8, 2) : « L'Éternel aime les justes, etc. Ainsi a dit le Saint, béni soit-Il (Proverbes 8, 17) : J'aime ceux qui m'aiment, et il est dit aussi (I Samuel 2, 30) : Car j'honorerai ceux qui m'honorent, ils m'aiment et Moi aussi Je les aime. Et pourquoi le Saint, béni soit-Il, aime-t-il les justes ? Car ils ne sont pas un héritage, ils ne sont pas une famille. Tu trouves que les cohanim sont le fruit d'une filiation paternelle, les Lévites sont le fruit d'une filiation paternelle… Si un homme demande à être prêtre, il ne le peut pas, à être Lévite, il ne le peut pas. Pourquoi? Parce que son père n'était ni prêtre ni Lévite. Mais si un homme demande à être juste, même un païen le peut, car ce n'est pas une filiation paternelle. C'est pourquoi il dit (Psaumes 135, 20) : "Vous qui craignez l'Éternel, bénissez l'Éternel ! Il n'est pas dit "Maison de ceux qui craignent l'Éternel", mais "Vous qui craignez l'Éternel", ils ne sont pas le fruit d'une filiation paternelle mais d'eux-mêmes ils se sont portés volontaires et ont aimé le Saint, béni soit-Il, c'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, les aime, c'est pourquoi il est dit : 'L'Éternel aime les justes, etc'. Le Saint, béni soit-Il, aime beaucoup les convertis qui ont rejoint le peuple d'Israël par libre choix. »

Le Midrach apporte une parabole pour illustrer la droiture du converti : « À quoi la chose est-elle comparable ? À un roi qui possédait un troupeau de brebis et de chèvres (le menu bétail). Le troupeau venait paître dans le champ le matin et rentrait à la bergerie le soir, et ainsi chaque jour. Un jour, un cerf entra au milieu du troupeau. Il alla auprès des chèvres et paissait avec elles. Quand le troupeau rentrait à la bergerie le soir, le cerf entrait avec elles ; quand le troupeau sortait pour paître le matin, il sortait aussi avec elles. Les bergers dirent au roi : Ce cerf s'est joint au troupeau, et il paît avec elles chaque jour, il sort avec elles et entre avec elles. Le roi se mit à aimer beaucoup ce cerf. Lorsque le cerf sortait dans le champ, le roi ordonnait aux bergers : "Donnez-lui un bon et beau pâturage selon son désir, que personne ne le frappe, prenez garde à lui!". Et de même, lorsqu'il rentrait le soir avec le troupeau, le roi leur disait : "Donnez-lui à boire". Le roi l'amait tout simplement beaucoup. Les bergers demandèrent au roi : "Notre maître le roi, tu as tant de boucs, tant de brebis et tant de chevreaux, et à leur sujet tu ne nous recommandes pas de faire attention particulièrement. Pourquoi au sujet de ce cerf nous ordonnes-tu et nous recommandes-tu chaque jour ?". Le roi leur dit : "Le troupeau – qu'il le veuille ou non – c'est sa voie habituelle : paître dans le champ le jour et le soir venir dormir dans la bergerie. Mais les cerfs ? Ils dorment dans le désert, et ce n'est pas leur habitude d'entrer dans un lieu d'habitation humaine. Ne devons-nous pas être reconnaissants envers ce cerf, qui a abandonné tout le grand et vaste désert, lieu où se trouvent tous les animaux, et est venu de son plein gré se tenir dans notre cour ?". C'est pourquoi Dieu a multiplié sa protection sur lui (le converti), en avertissant Israël de se garder d'eux pour ne pas leur nuire, et ainsi il dit (Deutéronome 10, 19) : Et vous aimerez le converti, (Exode 22, 20) : "Et tu ne maltraiteras point le converti, etc." ». Le cerf de la parabole c'est le converti; Il décide, de son propre chef, de s'associer au destin du peuple juif, d'en adopter les traditions et d'en partager l'histoire. Il est écrit dans le Choulhan Aroukh, (Yoreh Deah, section 268) : « Il ne faut inciter aucun non-juif à se convertir. Bien au contraire, ainsi ont dit nos Sages de mémoire bénie dans le traité Yevamot (Yevamot 47a) : Lorsqu’un idolâtre se présente à nous et demande à être converti, on lui dit : "Qu’as-tu vu pour vouloir te convertir ? Ne sais-tu pas qu’à notre époque, Israël est souffrant, opprimé, ballotté, et que les tourments s’abattent sur lui ?" S’il s’en va – qu’il s’en aille. Mais s’il dit : "Je le sais, et je ne suis pas digne de m'unir à eux" – on l’accepte aussitôt. »

 
 
 

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